Interview DG au CENADI News

 

Le DG de l’ANTIC en entretien « exclusif » dans CENADI-News

La dernière livraison du bulletin d’information du Centre National de Développement de l’Informatique (CENADI), intitulé le CENADI-NEWS, consacre une part belle au paysage de l’informatique et des TIC au Cameroun.

Le cadre institutionnel, la situation actuelle des TIC au Cameroun, le rôle des Télécom dans le développement des TIC, l’offre de formation en informatique, sont entre autres, autant de points évoqués pour aider à une meilleure compréhension et appréciation de la situation actuelle globale des TIC au Cameroun.

En exclusif, dixit le magazine, parole est donné à quelques acteurs phares du secteur pour se prononcer, clarifier des questions diverses liées au développement des TIC dans notre pays. Parmi ceux, le Directeur Général de l’Agence Nationale des Technologies de l’Information et de la Communication (ANTIC), Dr. EBOT EBOT ENAW,s’est longuement appesanti sur l’état des lieux des TIC au Cameroun en relevant ses avancées, insuffisances et solutions adéquates tout en insistant sur toute l’importance d’une véritable synergie entre les acteurs étatiques du secteur pour asseoir le développement harmonieux et efficace des TIC dans notre pays.

Cenadi-News : Monsieur le Directeur Général, que représente pour vous le paysage des TIC au Cameroun ?

Tout d’abord, je vous remercie pour l’intérêt que CENADI-NEWS manifeste ainsi à l’endroit de l’ANTIC. Les TIC sont un facteur incontournable pour la modernisation des sociétés et donc pour leur développement économique, social et culturel. Le Cameroun en tant bien s’inscrire dans le concert des nations modernisées. Cette volonté a été exprimée au plus haut niveau de l’Etat, comme vous le savez. A ce jour, les TIC que l’on peut compartimenter en infrastructures de télécommunications, services Internet, contenus, applications, accès, sécurité, téléphonie mobile et téléphonie fixe, ont connu des avancées majeures dans leur déploiement.

Au Cameroun, en termes d’infrastructures, nous disposons des ressources spatiales sur le satellite RASCOM-QAF1. Une des stations de contrôle et de télémesure est abritée à Douala Bépenda. Il existe aussi un point d’atterrissement du câble sous-marin SAT-3 qui constitue depuis 2006 l’unique média où est routé le trafic Internet par Camtel. Nous avons également des centraux téléphoniques numériques sur l’ensemble des dix régions que compte le Cameroun. La densification en cours du réseau de transmission à fibre optique, matérialisée par le décret du Président de la République du 01 juillet 2009, qui a habilité le ministre de l’Économie à signer une convention avec la société chinoise Huawei, portera à terme à près de 5000km le réseau à fibre optique déployé sur le territoire national. La couverture satellitaire fournie par RASCOM-QAF1 est de l’ordre de 100%.

L’accès aux TIC au Cameroun pour l’heure, s’effectue notamment soit à travers les cybercafés, les télécentres communautaires polyvalents, dans les lieux de travail et les domiciles privés. Les technologies d’accès utilisées sont de types filaires, c’est-à-dire fibre optique, ADSL, lignes spécialisés ou sans fil. Ici on peut citer le VSAT, la CDMA, le WIMAX, le WIFI, le GPRS et le EDGE. Je dois dire que les coûts d’accès restent néanmoins trop élevés.

L’offre en production des contenus locaux reste très marginale. Nous notons cependant des initiatives éparses menées dans certaines administrations. L’ANTIC par sa mission de coordination a élaboré de concert avec les différentes administrations publiques, une architecture de site web gouvernemental qui favorise la mise à la disposition des usagers des informations essentiels. Avec cette architecture, les sites web gouvernementaux seront de véritables présentoirs de services répondant aux besoins des citoyens. En terme de statistiques, 10% de contenus sont voués à la liaison montante et sont constitués essentiellement du courriel, tandis que 90% de contenus font le chemin inverse encore appelé liaison descendante et ne répondent pas pour la plupart de temps à nos besoins réels.

Les services Internet sont offerts au grand public grâce à une cinquantaine de Fournisseurs d’accès Internet déclarés au niveau de l’Agence de Régulation des Télécommunications (ART). On note une croissance de la télédensité depuis 2003, année suivant celle à partir de laquelle le câble sous marin SAT-3 a été mis en exploitation. La télédensité de l’Internet c’est-à-dire le nombre d’abonnés à l’Internet est de 0,21% en 2008. Le nombre d’utilisateurs de l’Internet représentant le taux de pénétration est de 2,65%. Le Web, l’hébergement des sites Web, la messagerie, la téléphonie sur IP et les noms de domaine sont autant de services Internet offerts par les FAI.

Le nombre d’abonnés au téléphone mobile et fixe est sans cesse croissant. D’après les données issues de l’Agence de Régulation des Télécommunications au dernier trimestre 2008, nous avons un taux de pénétration mobile de l’ordre de 33%, tandis que celui lié au téléphone fixe est d’environ 1,7%.

En ce qui concerne la sécurité, le Cameroun dispose au MINPOSTEL d’une infrastructure à Clé Publique ou Public Key Infrastructure, reçue de l’Union Internationale des Télécommunications en 2005. Ceci permettra de sécuriser les documents administratifs sensibles dans le cadre de la dématérialisation des procédures.

Pour finir, il importe de relever que l’adaptation du cadre juridique et réglementaire de l’usage des TIC est une condition sine qua non pour un environnement propice à son développement. Pour y parvenir la loi N° 98/014 du 14 juillet 1998 régissant les télécommunications au Cameroun est actuellement en cours de révision pour devenir la loi sur les communications électroniques. Un projet de loi sur la cybersécurité et la cybercriminalité est également en cours de finalisation avec pour optique de donner une valeur juridique à la signature électronique.

Cenadi-News : Une certaine opinion estime que le Cameroun connaît un fossé numérique de plus en plus grandissant, qu’en dites-vous ?

Ce qu’il faut savoir c’est qu’un travail réel se fait dans le dessein de réduire de manière drastique le fossé numérique qui sépare le Cameroun des pays du Nord. Cette question me donne l’opportunité de vous décrire l’environnement au moment où l’ANTIC est créée. La libéralisation du secteur des télécommunications en 1998 a permis l’arrivée de nouveaux opérateurs dans les secteurs de la téléphonie, de l’Internet, de l’Informatique et du Multimédias. Au jour d’aujourd’hui, même si l’indice d’accès numérique (DAI) est de 0,16 sur une échelle variant de 0 à 1, le Cameroun est bien engagé sur la voix du développement harmonisé des TIC.

Cenadi-News : Votre entreprise a été créée par le Chef de l’Etat pour donner une impulsion nouvelle dans le domaine des TIC au Cameroun. Avez-vous déjà posé un diagnostic et quels remèdes comptez-vous apporter aux différents maux identifiés ?

Quelques mois après la nomination des principaux dirigeants de l’ANTIC par le Chef de l’Etat, nous nous sommes assignés comme priorité l’élaboration de la stratégie nationale de développement des TIC au Cameroun. Cette stratégie a été élaborée avec la participation très active de tous les acteurs : les administrations publiques, le secteur privé, la société civile et les partenaires au développement. Cette stratégie a été validée par la Présidence de la République. Le document y relatif dresse l’état des lieux des TIC, fait ressortir les axes d’interventions prioritaires et définit le cadre opérationnel de mise en œuvre. Ce document met en exergue le diagnostic effectué sur tous les aspects liés à l’usage des TIC et des activités connexes. Le plan de mise en œuvre de cette stratégie est en cours de finalisation. Le Comité de pilotage chargé du suivi de la mise œuvre de cette stratégie a été mis sur en place par le Premier Ministre Chef du Gouvernement.

Cenadi-News : La fibre optique a été annoncée comme élément facilitateur des communications à longue distance. Pourquoi le Cameroun connait-il encore des problèmes divers dans ce secteur ?

La fibre optique est le média de transmission filaire par excellence. Cette infrastructure est en train d’être déployée progressivement sur notre territoire. Nous avons déjà plus de 1300 km posés et les travaux sont en cours pour la pose de près de 3200km. Je ne saurais ne pas parler du projet régional de réseau de transmission à fibre optique appelé Central Africa Backbone (CAB), financé par la Banque Mondiale et donc la première phase concerne le Cameroun, le Tchad et la République Centrafricaine. En plus la fibre optique n’a de valeur que s’il existe du contenu pour y transiter. Si votre trafic est marginal, vous n’allez pas percevoir l’importance de cette infrastructure. Cela sera semblable à une autoroute construite dans une zone où il n’existe pas de véhicule.

Cenadi-News : Vous êtes Docteur en informatique et quand on sait que l’informatique est à la base du développement fulgurant des TIC aujourd’hui, comment envisagez-vous réduire le fossé numérique entre le Cameroun et les pays développés, décrié par le Chef de l’Etat ?

La réduction du fossé numérique entre le Cameroun et les autres pays développés, passera par l’identification des insuffisances et la mise en œuvre des solutions adéquates. Comme je l’ai dit plus haut, le Cameroun a un indice d’accès numérique (DAI) de 0,16 sur une échelle variant de 0 à 1. Il est qualifié de pays d’accès numérique faible, car son indice est compris entre 0,29 et moins. Cet indice est établi en prenant en compte quatre (04) critères essentiels : la Qualité, l’Infrastructure, l’Accessibilité économique et l’Education.

Augmenter cet indice, c’est à dire réduire le fossé numérique consisterait à accroître le nombre d’abonné au large bande en mettant en place une dorsale nationale fiable, à augmenter le nombre d’abonnés au téléphone mobile et fixe en densifiant de façon permanente les réseaux opérateurs, à réduire les coûts d’accès à l’Internet en implémentant notamment un Point d’Echange Internet national (IXP) et à rehausser le taux de scolarisation en renforçant la formation des formateurs et le nombre de spécialistes TIC dans nos Grandes Ecoles et Universités. Tous ces aspects ont été identifiés dans le document de stratégie nationale de développement des TIC et leur mise en œuvre permettra d’accélérer l’intégration des TIC dans le développement économique et social, et en transformant l’économie de notre pays en une économie de savoir.

Cenadi-News : Monsieur le Directeur Général, à supposer qu’il vous est arrivé de faire la comparaison entre certains pays africains ayant presque le même niveau de développement que le Cameroun à l’instar de la Tunisie, le Sénégal, la Côte-d’ivoire et la Gambie. Quelle différence y a-t-il entre ces pays et le nôtre ?

Pour faire une comparaison, il faut disposer des éléments justificatifs. Si je me base sur l’indice d’accès numérique qui est un indicateur essentiel crée par l’Union International des Télécommunication (UIT), pour mesurer la capacité des individus d’un pays donné à accéder aux TIC sur une échelle variant de 0 (incapacité totale) à 1 (accès parfait), la Tunisie est le seul pays parmi ces quatre à disposer d’un accès dit moyen (0,41). Quant aux trois autres pays, ils ont un accès dit faible comme le Cameroun (0,16) et même en dessous du nôtre. Le Sénégal a un indice de 0,14 tandis que la Côte d’ivoire et Gambie se situent à 0,13.

Cenadi-News : En votre qualité de patron des TIC, comment entendez-vous mettre tous les intervenants sur la même table pour faire avancer les choses au Cameroun.

Notre objectif pour l’essor durable des TIC dans notre pays, est de fédérer tous les acteurs étatiques, impliquer le secteur privé et d’associer à tous les niveaux les acteurs de la société civile et de la communauté internationale.

Cenadi-News : Enfin, Monsieur le Directeur Général, comment entrevoyez-vous les TIC au Cameroun à l’horizon 2015 ?

Vu le nombre de projet qui sera mis en œuvre d’ici 2015, le paysage des TIC au Cameroun sera vraiment densifié. Nous serons à mesure de nous placer au niveau des pays disposant d’un accès dit moyen.

 
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