Interview du Directeur Général de l’ANTIC


“Susciter et faciliter le développement et le déploiement harmonieux des TIC dans notre pays”. Ainsi s’exprimait Dr. EBOT EBOT ENAW, Directeur Général de l’ANTIC, dans le cadre d’une interview accordée à Cameroon Tribune dans son édition spéciale du 25 juin 2009 consacrée aux TIC. La cherté des services et équipements TIC, la sécurité des transactions électroniques, la situation du e-government au Cameroun, l’implémentation prochaine d’un IXP, le .CM, sont autant de sujets qui font la trame de cet entretien.

Monsieur le Directeur Général, pourriez-vous nous faire une présentation globale de l’Agence Nationale des Technologies de l’Information et de la Communication, institution dont vous avez la charge ?

Tout d’abord, je vous remercie pour l’intérêt que vous avez manifesté à notre jeune structure, l’ANTIC. De façon concise, il faut retenir que l’ANTlC est l’organe institutionnel chargé de la promotion et du suivi de l’action gouvernementale dans le domaine des Technologies de l’Information et de la Communication au Cameroun. Ce rôle joué par l’ANTIC se décline en deux mots : orientation et régulation des TIC. Ainsi, l’ANTIC a pour objectif de susciter et de faciliter le développement et le déploiement harmonieux des TIC dans notre pays. Dans le concept TIC, il faut entendre infrastructures de télécommunications, les services internet, les contenus, les applications, l’accès et la sécurité. Le champ principal d’action de l’ANTIC couvre les services internet, les contenus, les applications et la sécurité des transactions électroniques. Cependant, l’ANTIC est toujours prompte à apporter son conseil dans le cadre des projets de développement des infrastructures de télécommunications relevant du MINPOSTEL.

Monsieur le Directeur Général, après trois années de service, quel est le bilan de l’Agence Nationale des Technologies de l’Information et la Communication ?

Comme vous le savez, le Chef de l’Etat, Son Excellence Monsieur Paul BIYA, fortement animé de la volonté politique d’installer définitivement notre pays dans la modernité par les TIC, a créé en 2002 l’ANTIC. Suite à la nomination de l’équipe dirigeante en janvier 2006, nous nous sommes immédiatement mis à pied d’œuvre avec comme priorité l’élaboration du document de Stratégie Nationale de Développement des TIC. Ce document, qui a été élaboré avec le précieux concours des administrations publiques, du secteur privé, de la société civile et des partenaires au développement, présente le contexte global du développement des TIC au Cameroun, dresse l’état des lieux des TIC, fait ressortir les axes d’interventions prioritaires et le cadre opérationnel de mise en œuvre. A toutes ces parties prenantes, je renouvelle ici toute la gratitude de l’Agence pour leur participation active à la rédaction de ce document qui sert désormais d’outil, voire de boussole de développement et de déploiement harmonisés des Technologies de l’Information et de la Communication au Cameroun. Courant 2007, nous avons conduit des actions de sensibilisation visant à favoriser l’appropriation par tous des TIC. Nos premières cibles ont été les administrations publiques, les Etablissements Publics Administratifs et les entreprises privées, à l’intention desquels nous avons tenu des séminaires, avec le concours technique et didactique de quelques-uns de nos partenaires, notamment Cisco System International et l’Université des Nations Unies. Vous savez, la modernisation de l’administration et le renforcement de la compétitivité des entreprises passent nécessairement par les TIC avec comme principal objectif une amélioration de la gestion et de la qualité des services. En terme de contenus, nous avons élaboré avec les administrations publiques l’architecture de référence d’un site web gouvernemental. Nous avons également développé un système "Whois" pour le « .cm ».

L’accès aux services et équipements TIC reste hors de portée du fait des coûts encore très élevés de ceux-ci. Que fait ou que compte faire l’ANTIC pour parvenir à une réduction des coûts ?

Notre objectif est d’œuvrer pour que chaque ménage camerounais ait un ordinateur connecté à Internet, conformément à l’une des recommandations formulées par le Sommet Mondial de la Société de l’Information, à savoir « un ordinateur, un ménage ». L’installation en cours par CAMTEL du backbone national à fibre optique est un élément qui contribuera à l’atteinte de cet objectif. Suivant notre plan d’action 2009, des études relatives à la réduction des coûts d’accès à l’Internet et à l’acquisition des équipements TIC seront menées par l’Agence. Nous avons également pris l’initiative de l’implémentation d’un Point d’Echange Internet au Cameroun qui revêt un intérêt capital pour notre pays, en ce sens qu’il permettra entre autres, de réduire les coûts d’accès à l’Internet, d’améliorer les vitesses d’accès, de renforcer la sécurité des internautes, d’assurer une meilleure gouvernance de l’Internet et de favoriser le développement des contenus locaux. Dans cet ordre d’idées, nous avons organisé en février 2008, en partenariat avec Cisco system international, un séminaire de formation gratuite à l’intention des fournisseurs d’accès internet de la sous-région sur la mise en place de cette importante infrastructure.

Au cœur du développement des TIC, la sécurité est un aspect stratégique. Qu’en est-il de la question sécuritaire au Cameroun ?

Les TIC offrent de nombreuses opportunités de développement, mais aussi elles ont des inconvénients. Elles créent de nouvelles vulnérabilités identifiées sous le vocable de cybercriminalité, contre lesquelles tous les pays doivent désormais faire face. Ces nouvelles menaces interpellent les services de sécurité et de défense, ainsi que la justice pour la prévention et la répression. Il faut dire que la sécurité commence par l’information des utilisateurs sur les risques liés au cyberespace ainsi que sur les solutions pour les contrecarrer. Il est projeté de mettre en place un Computer Emergency Response Team qui fera office de cellule de veille pour la sécurité informatique au sein de l’ANTIC. De façon permanente, on pourra prévenir et maîtriser les incidents de sécurité qui pourraient survenir dans le cyberespace camerounais. Pour l’heure, notre pays dispose au MINSPOTEL de l’infrastructure à Clé Publique ou -Public Key Infrastructure en anglais- reçue de l’Union Internationale des Télécommunications en 2005. Cette infrastructure aide au renforcement de l’efficacité des services publics en ligne, permet de sécuriser le processus de transmission des documents sensibles de l’administration et facilite la prestation des services publics aux populations des zones urbaines, rurales et reculées via Internet. Un arsenal juridique adapté à ce nouveau contexte sera mis en place au terme de l’élaboration en cours, par les différents acteurs du secteur, du projet de loi sur la cybercriminalité et la cybersécurité. Cet arsenal juridique est nécessaire pour créer un environnement propice pour susciter la confiance des utilisateurs et attirer les investisseurs étrangers. Dans ce cadre, la signature numérique aura la même valeur juridique que la signature manuelle.

Les pays de niveau de développement comparable au nôtre ont déjà pris leur envol en ce qui concerne le e-government. Au Cameroun, on est encore à la traîne. Qu’est-ce-qui explique ce fait ?

Le e-government ou gouvernement électronique nécessite des études préalables avant son implémentation. Tout à l’heure j’ai parlé de la sécurité. Si nous n’avons pas une politique nationale de sécurité, nous allons nous exposer en mettant en ligne par exemple tous nos services publics. Le problème est beaucoup plus organisationnel qu’infrastructurel. Il faut déjà, pour chaque administration, repenser les procédures afin de les simplifier. Il ne s’agit pas de transformer intégralement tout ce qui se fait quotidiennement sous forme numérique, il faut juste optimiser les procédures en informatisant les procédures essentielles. Par ailleurs, le gouvernement électronique implique un accès large public. Cela demande l’installation d’un backbone national fiable, car il faudrait bien que l’usager se trouvant à Bakassi ait le même niveau d’information que celui se trouvant à Yaoundé. Dans le cadre du développement et du déploiement de la gouvernance électronique, nous avons mené plusieurs actions concrètes : nous avons dressé, en collaboration avec le MINPOSTEL, CAMTEL et Cisco System International, un état de lieu exhaustif de la situation des TIC dans nos administrations publiques en termes d’infrastructures, de logiciels, d’accès, de matériels et équipements informatiques. Ce qui nous a permis d’avoir une vue claire sur le coût estimatif global de la mise en place du e-government au Cameroun. Par ailleurs, nous avons organisé en mars 2008, avec le précieux concours de l’Université des Nations Unies, un séminaire de formation sur le e-government à l’intention des hauts responsables administratifs et responsables informatiques des administrations publiques. La politique nationale de la gouvernance électronique, qui est un préalable à la mise en place du e-government, est en cours d’élaboration en partenariat avec cette institution universitaire.

Le web présence du Cameroun est très faible que ce soit au niveau institutionnel ou au niveau du secteur privé et de la société civile. Quelles sont les mesures prises par l’ANTIC pour améliorer la présence du Cameroun sur Internet et valoriser les contenus locaux ?

Ayant constaté que les sites web camerounais, notamment institutionnels, ne sont pas conçus suivant les besoins des usagers et ne sont pas toujours mis à jour, nous avons jugé nécessaire, conformément à nos missions statutaires, de créer un cadre de référence sur l’architecture d’un site web gouvernemental. Nous l’avons élaboré avec la participation active des administrations publiques. Ce cadre de référence a été distribué aux différentes institutions au mois de février 2008 pour appropriation et application. Cette architecture validée sert aujourd’hui comme standard en matière de développement de sites web gouvernementaux. Elle présente de nombreux avantages, notamment la disponibilité des informations répondant aux besoins des citoyens, la facilitation de la présence du Cameroun sur la Toile. Par ailleurs, comme je l’ai dit tantôt, la mise en place d’un Point d’Echange Internet au Cameroun, dont l’étude de faisabilité sera finalisée cette année, favorisera le développement des contenus locaux ainsi que l’hébergement en local des contenus ainsi créés.

Mais, est-ce que le coût toujours très élevé du « .cm » et sa difficile acquisition, alourdie par une longue procédure administrative et par une qualité technique pas toujours très fiable, n’expliquent-ils pas cette faible présence du Cameroun sur la toile ?

L’ANTIC gère le « .cm », le code d’identification de l’espace virtuel du Cameroun sur Internet, avec pour le moment l’apport technique de CAMTEL. Il faut préciser que l’enregistrement des noms de domaine liés à une structure locale est rapide. Il peut par exemple s’agir d’une administration, d’une entreprise, d’une association… Quand le nom demandé n’est pas lié à une structure locale, le dossier doit nécessairement faire l’objet d’un examen minutieux pour éviter tout éventuel litige, puisqu’on doit s’assurer que le demandeur est le détenteur légal du nom sollicité ; ce qui naturellement prend un peu de temps. La politique de gestion du .cm, qui est en cours d’élaboration, va aboutir à une reconsidération du coût d’acquisition d’un nom de domaine en .cm. Pour l’heure, pour toutes les entreprises qui veulent bien s’identifier comme appartenant à un secteur d’activités précis, il est défini des noms de domaine de second niveau tels que le .com.cm, .co.cm et .net.cm dont le coût d’acquisition est de 10,000 FCFA.

Pour ce qui est du matériel TIC de l’Etat, on constate une inadéquation entre les équipements, les solutions, leurs coûts et leur utilisation finale. N’existe-t-il pas un standard, une norme dans le processus d’acquisition de ce matériel ?

L’ANTIC est chargée de veiller à l’harmonisation des standards techniques, de proposer des référentiels techniques afin de favoriser l’interopérabilité entre les systèmes d’information et d’assurer la régulation dans ce secteur. La préparation d’un document de référentiels techniques relatif à l’acquisition des équipements TIC dans nos administrations a été engagée. Il va de même pour la construction des réseaux informatiques, car nous avons fait un constat selon lequel ces réseaux sont construits le plus souvent sans respect des normes et standards en la matière. Il nous revient donc à orienter ces différentes administrations dans le choix de la technologie qui est à même de répondre à leurs besoins. Dans la même lancée, pour favoriser la lutte contre la piraterie des logiciels, nous comptons mettre en place des mécanismes permettant de s’assurer que tout ordinateur nouvellement réceptionné dans nos administrations est livré avec une licence valide. En plus, nous nous emploierons à ce que les prix d’acquisition des logiciels soient consignés dans la mercuriale. S’il y a des administrations qui utilisent des logiciels piratés, l’ANTIC va s’employer à les orienter vers l’usage des solutions open source qui sont des logiciels libres, c’est-à-dire ne nécessitant aucune licence pour leur exploitation et pouvant être configurés à la guise de l’utilisateur.

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